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Le Contrat psychologique… Ou quand les grandes attentes sont muettes!

Les contrats sont légion dans notre quotidien. Ils régissent les attentes respectives de parties s’étant mutuellement engagées. Contrat de bail, contrat de vente, contrat de travail, etc. Aujourd’hui, nous souhaitons mettre à l’honneur un contrat


Les contrats sont légion dans notre quotidien. Ils régissent les attentes respectives de parties s’étant mutuellement engagées. Contrat de bail, contrat de vente, contrat de travail, etc. Aujourd’hui, nous souhaitons mettre à l’honneur un contrat très méconnu, mais ô combien riche en conséquences dans nos vies: Le contrat psychologique.

Le contrat psychologique est défini par Denise Rousseau (1990) comme étant «l’analyse que fait un salarié des promesses et des engagements qu’il prend avec son employeur»1 . Du contrat psychologique  on parle depuis les années 1960, sous l’impulsion d’Argyris. Si au début il était surtout questions d’attentes implicites, les recherches ont permis de se rendre compte que ces attentes reposent sur des promesses et engagements quoique plus ou moins implicites.

Exemple de cette situation classique à un entretien d’embauche: « Nous sommes une entreprise très soucieuse du WorkLife-Balance de nos employés. Du moment que le rendement suit, nous sommes flexibles. » Dans le cadre du contrat psychologique, une mère d’enfants en bas-âge (que j’appellerai Reine) pourrait interpréter cet «intérêt pour un Worklife-Balance positif» comme un engagement de son employeur à lui permettre de prendre prioritairement des vacances en période scolaire ou de lui permettre du télétravail en cas de panne de nounou, du moment où en contrepartie, elle remplit ses attentes en matière de rendement.

Vous l’aurez remarqué, le contrat psychologique est non seulement implicite, mais aussi unilatéral. L’analyse de l’un établit le contrat avec l’autre, sans qu’il en soit conscient et/ou d’accord. Le nœud ici étant de comprendre le fossé qui sépare une promesse de l’analyse qui en est faite.

Quand employeurs et employés n’ont pas la même analyse

Le contrat psychologique a une particularité: il est constamment réévalué! Qui regarde son contrat de bail tous les mois en se demandant si les clauses sont toujours respectées? Probablement personne. Pourtant le contrat psychologique est sans cesse réévalué: Mon vis-à-vis a t il tenu ses promesses? Reine pourrait se demander: « Ai-je déjà fait valoir mon «droit» au télétravail en cas de nécessité? Et celui d’avoir des vacances pendant les congés de Noel? »

Aussi longtemps que l’employeur ira dans le sens de son analyse l’employé le contrat psychologique est (implicitement) rempli : Pour Reine ça signifierait qu’elle fournit le rendement et son employeur lui donne les latitudes qu’elle demande.

Les entorses au contrat psychologique

Il existe 2 types d’entorses au Contrat psychologique (Rousseau, 1989, 1995):

La brèche: La réalité diffère des attentes. Les réalisations sont en deçà des «promesses». Pour Reine par exemple, ca signifierait le droit au télétravail seulement 1 jour, alors qu’elle en espérait 5.

La violation: le contrat psychologique est rompu! L’employeur n’est pas prêt à remplir les attentes de son salarié. Dans notre exemple, ce serait par exemple l’incapacité de prendre des vacances pendant les congés scolaires, malgré (voire à cause d’) un rendement satisfaisant!

Les entorses au contrat psychologique sont recensées selon 2 origines : le malentendu et le renoncement. Dans l’un des cas, l’entorse est dûe au caractère implicite du contrat psychologique, qui ne permet pas la bilatéralité. Le renoncement par contre est la volonté de ne pas remplir des promesses données.

Si la brèche du contrat psychologique entraîne souvent déception, la violation du contrat psychologique peut pour sa part provoquer des réactions émotionnelles plus violentes comme des sentiments de trahison, d’injustice, de colère, voire du ressentiment,  pouvant plonger le sujet dans une profonde détresse psychologique. Ces réactions émotionnelles ont des conséquences sur le rapport au travail, pouvant aller d’une simple réduction de son engagement, à une résiliation implicite (ne faire que le minimum syndical) ou explicite (quitter l’entreprise) de son contrat de travail.

Il est toutefois important de noter que l’apparition et l’intensité de ces réactions ne dépend pas uniquement du respect du contrat psychologique. Le rapport au manager et la résilience de la salariée (capacité à gérer les revers) sont des atouts susceptibles de rééquilibrer la balance en cas d’entorse au contrat psychologique.

Une gestion saine du contrat psychologique

Le contrat psychologique étant unilatéral et (presque toujours) implicite, il est de ce fait très individuel et fait écho à nos propres aspirations, craintes et schémas relationnels. L’analyse faite des promesses d’autrui sera toujours basée sur les expériences antérieures en vue de les confirmer ou de les « corriger ». Ainsi la même phrase d’un manager à une équipe de plusieurs cadres pourrait être sujet à autant d’interprétations. Chaque blessure émotionnelle (incluant les brèches et rupture de contrat psychologique) laisse des cicatrices et augmente notre vulnérabilité. Dans le souci de se préserver, il est important de:

1.Se rendre compte des contrats psychologiques que l’on noue avec les autres. Seulement lorsque vous vous rendez compte que votre interlocuteur n’est pas toujours au courant de vos attentes concrètes, il est alors possible pour vous d’agir.

2.Verbaliser ses attentes ! Mettre des mots explicites sur du matériel implicite réduit les malentendus. En exprimant ses attentes, il est plus facile de se rendre compte du consentement (ou non) de l’autre.

3.Reconnaître les abus. Certains managers gèrent leurs équipes sur le principe la carotte ou le bâton. D’une part des promesses très alléchantes (et inaccessibles) qui forcent à se surpasser, d’autre part la violence psychologique qui empêche d’abandonner. Cette politique qui souffle le chaud et le froid en abusant de la nature du contrat psychologique peut induire de grandes détresses psychologiques comme le burnout ou encore l’impuissance acquise ! Dans ces cas la spirale devient infernale, parce que la détresse psychologique affectant le rendement, la carotte s’éloigne davantage, ce qui intensifie la détresse psychologique

4.Chercher de l’aide. Que ce soit dans le but de mieux se découvrir, et ainsi mieux comprendre les analyses qu’on fait ou dans celui de mieux communiquer ses attentes, l’aide d’un psychologue peut se révéler d’une grande efficacité. Dans le cas d’un abus cette aide est indispensable à la stabilisation de son estime de soi, et à l’élaboration d’une stratégie de repli pour sortir de la spirale de l’abus. En cas de détresse psychologique soutenue une psychothérapie est toujours un bon choix.

Utile pour la vie de tout les jours

Comme c’est très souvent le cas avec les phénomènes psychologiques dans le cadre du travail, le contrat psychologique peut s’appliquer à toutes les relations humaines de la vie de tout les jours.

Tout aussi riche est  le contrat psychologique dans le cadre des relations amoureuses. Promesses implicites et attentes unilatérales… Ces conseils vous seront tout aussi utiles dans ce cadre !

Nathalie Tchouandong
Psychologue Clinicienne et du Travail
Consultante Santé et Qualité de Vie au Travail
Psychopraticienne (Psychothérapie)
www.nkt-psy.online
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n.tchouandong@nkt-psy.online

Psychologue Clinicienne et du Travail Consultante Santé et Qualité de Vie au Travail Psychopraticienne (Psychothérapie) www.nkt-psy.online

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